Les Crises de vie..Christophe Fauré: « Vers 40-50 ans, nous sommes tous en mue. »

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La « crise de la quarantaine » n’est en réalité que la manifestation exacerbée d’un mouvement silencieux qui nous touche tous, assure le psychiatre Christophe Fauré dans son ouvrage Maintenant ou jamais (Albin Michel 2011). Bonne nouvelle : ce temps charnière de l’existence n’annonce pas un déclin, mais nous offre l’occasion de nous épanouir !

Christilla Pellé-Douël

Psychologies : Est-ce qu’il existe vraiment une crise du milieu de la vie, ce que l’on appelle « la crise de la quarantaine » ?
Christophe Fauré : Il n’existe pas de « crise » à proprement parler, sauf pour quelques individus, qui « pètent les plombs », présentent des comportements aberrants, font éclater leur vie. L’immense majorité des personnes ne présente pas de crise. En revanche, elles parlent d’une transition, même si elle est vécue dans le silence, la pudeur. Comme l’adolescence, ces années-là sont un temps charnière de l’existence, qu’elles soient reconnues comme telles ou non.

Les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?
Hommes et femmes sont traversés par les mêmes processus, mais la façon d’y répondre est différente. Les femmes sont biologiquement confrontées à la ménopause et ne peuvent donc pas éviter ce passage. Les hommes, eux, peuvent se cacher les yeux plus longtemps, ils sont capables d’avoir des enfants jusqu’à la fin… Ce sont les événements de la vie qui vont les bousculer.

Cette transition, dites-vous, s’étale entre 45 ans et 55 ans. C’est vraiment aussi long ?
Ce sont des moyennes. Il y a des circonstances qui peuvent accélérer le processus : un divorce, un licenciement, un deuil, mais le pic se trouve autour de 50 ans. Une étude américaine permet de voir, dans tous les pays industrialisés, que le sentiment général de bien être atteint son niveau le plus bas à 50 ans… et remonte après.

Ce sentiment de mal-être survient-il tout seul ?
Oui, c’est la manifestation d’un mouvement psychique très profond, tendant paradoxalement vers la complétude, alors même qu’il est vécu dans une certaine confusion intérieure. Je m’explique : il y a un mouvement psychique, dans la première moitié de la vie, tourné vers l’extérieur, vers la construction, l’accroche au regard d’autrui pour exister, aux yeux des parents, aux yeux des professeurs, de l’école… C’est l’acquisition d’un statut social, de biens matériels.

Vers 40-50 ans, on observe un courant inverse, vers l’intérieur. On voit émerger en soi des besoins plus spirituels, tendant davantage vers l’essentiel. L’entrée dans cette transition du milieu de la vie se fait très souvent par une prise de conscience de la relativité de cette construction sociale, du sens de notre vie. Mais ce serait une erreur de penser qu’il ne s’agit là que d’une évolution occidentale, car on trouve des textes tibétains très anciens prônant des pratiques spirituelles à mener lorsque l’on arrive à 40-50 ans !

C’est comme si, parvenu à ce stade de notre existence, il nous manquait « quelque chose » pour parvenir à cette complétude. Jung le dit : « Ce qui était essentiel au matin de notre vie le semble moins dans l’après-midi de notre vie. » Oui, j’ai une belle maison, un couple qui va bien… mais je me réveille le matin avec un sentiment de vide, d’angoisse.

Alors, que faire ?
Certains refusent d’entendre et de prêter attention à cette dynamique intérieure, ils s’obstinent à ne rien changer ou ils étouffent ce mouvement par des médicaments. Le danger, c’est vraiment l’appauvrissement de soi, au pire la dépression, voire la maladie. C’est un temps de notre vie où nous avons malheureusement tendance à réduire le champ des possibles… Alors que, derrière ce mal-être, il y a un authentique mouvement, une part fondamentale de notre être qui commence à s’exprimer. Or, ce « personnage » extérieur, social – cette persona pour reprendre les termes de Jung – n’est qu’une fraction de ce soi essentiel qui tente aujourd’hui de se manifester à nous-même. Encore faut-il l’entendre et y répondre.

De quelle façon peut-on y répondre ?
Réexaminer, réévaluer notre vie et nos relations à autrui, accepter notre corps qui n’est plus tout à fait le même, etc. Nous allons nous poser des questions qui couvrent, de façon transversale, « tous » les domaines : notre travail, notre vie familiale, amoureuse, personnelle. Il ne faut pas avoir peur de lister ces questions : « De quoi ai-je envie, poursuivre ce job, arrêter ? » « De quoi ai-je besoin ? », etc. Cette recherche a une valeur de quête – question et quête ont d’ailleurs la même étymologie. C’est le temps de la chenille qui se retire dans son cocon pour élaborer, dans le silence, la seconde partie de son existence, en tant que papillon.

Nous sommes en mue. Nous devons nous poser, nous écouter. Il y a un appel intérieur, et ce n’est pas un caprice. Mais il faut aussi prendre conscience que nous allons résister à ce changement : nous avons peur de perdre notre ancien moi, celui de la première moitié de vie, nous avons peur de perdre notre rôle, notre statut, tout ce qui nous définissait auparavant. Paradoxalement, si nous n’acceptons pas de lâcher notre ancien moi, nous perdons quelque chose de plus large. La sagesse nous dit pourtant qu’il est vain de lutter contre ce renoncement, qui porte, en réalité, d’authentiques promesses d’apaisement intérieur. « Renoncer » n’est pas « se résigner » ! Il s’agit de tout autre chose !

Qu’est-ce qui nous attend lorsque l’on entend cet appel : l’épanouissement de notre moi le plus profond ?
Oui, mais dans les limites du réel. Il ne faut pas oublier que nous devons faire aussi le deuil de ce que nous ne pourrons plus faire : devenir champion de course ou entamer une carrière de violoniste. En entrant dans la conscience de l’« ici et maintenant » de notre vie telle qu’elle est aujourd’hui, alors, oui, nous nous ouvrons à un grand champ de possibilités. Pour Jung, il s’agit d’aller vers la conscientisation pleine et entière du soi : une partie du moi de la première moitié de la vie, celle qui était dans la lumière, doit maintenant laisser de la place à cette autre partie de nous-même que nous avons laissée dans l’ombre pour pouvoir vivre et exister aux yeux d’autrui.

Cela ramène à l’essentiel et se traduit, par exemple, par des questions telles que : « Quelle trace vais-je laisser ? », « Que transmettre ? », « Comment prendre soin de moi, entrer en amitié avec moi, avec mes proches, et même avec mon corps, qui durant encore quarante ans me permettra de porter mes projets ? » Il y a là une autre tonalité dans notre recherche du bonheur et de plénitude.

D’ailleurs, beaucoup de gens se tournent à cette période de la vie vers la spiritualité, non par peur de la mort, mais parce que le temps est venu : notre dimension spirituelle se réclame aujourd’hui à nous-même, qu’on le veuille ou non !

En dépassant ce moment charnière, débouche-t-on sur quelque chose de plus calme, de plus épanoui ?
Oui, on retrouve une fondation intérieure, une assise, qui nous permettra de nous tourner à nouveau vers l’extérieur, mais différemment. Tout cela demande un réel effort de notre part : c’est à nous d’aller chercher et d’établir ces nouvelles fondations, nous avons la responsabilité de répondre de la manière la plus juste, la plus sage et la plus singulière à ce que nous ressentons, sans y résister, en laissant tomber la carapace de la première moitié de notre vie. Nous avons encore beaucoup de temps, mais c’est maintenant ou jamais. Dans vingt ans, ce sera trop tard. C’est inquiétant, c’est difficile, mais c’est indispensable. Nous devons accompagner ce mouvement, découvrir nos propres règles et faire la paix avec nous-même pour devenir ce que nous sommes.

Jung dit que l’homme ne vieillit pas, mais qu’il continue de croître, comme un arbre. Est-ce cela la transition du milieu de vie ?
C’est exactement cela. Cette transition, c’est la phase d’individuation. La construction de la persona dans la première moitié de vie a nécessité le retrait, dans l’ombre, de parties précieuses de notre être. Par exemple, nous avons mis de côté nos aspirations artistiques au début de notre vie. Mais elles reviennent en force dans la deuxième partie de notre existence : ainsi, tout ce qui n’a pas été accompli jusque-là « pousse » en nous avec force – l’ombre veut sortir dans la lumière. Nous aspirons à devenir « plein », « entier », « intègre ». C’est le véritable chemin de cette transition du milieu de la vie.

Source : Psychologies

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