S’arrêter, un besoin physiologique…

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Les spécialistes l’assurent : la vie moderne nous bouscule jusque dans nos cellules. Trop pressés, trop stressés, nous n’écoutons plus notre rythme naturel. Et tout notre système immunitaire s’en trouve affecté.

Explication :

«Nous avons dans le cerveau 2 types d’horloges biologiques, explique le neuropsychiatre Marc Schwob, auteur Des rythmes du corps (Odile Jacob 2007).

Les premières, sensibles aux rythmes naturels, comme l’alternance jour-nuit, déterminent les cycles des sécrétions hormonales, de régénération cellulaire et, en cascade, l’activité des organes. La seconde, située dans le cortex, la partie intelligente du cerveau, nous permet de contrôler notre temps en accord avec les synchronisateurs sociaux (sonnerie du réveil, déjeuner d’affaires, journal télévisé…). » Or, ces derniers nous influencent plus que les synchronisateurs naturels que sont la durée des jours ou les variations de température. Nous bousculons donc notre tempo biologique pour nous accorder à celui de la vie moderne. Problème : notre organisme ne parvient pas à le suivre. « Ni à s’y adapter sainement, ajoute James H. Bendayan, chercheur en génomique médicale des rythmes biologiques humains. Ne pas respecter notre rythme naturel a des conséquences biologiques que le corps ne peut supporter. »

« Nous avons ainsi bouleversé les périodes de productivité, note Marc Schwob. Plutôt que travailler l’été et nous reposer l’hiver, tels nos ancêtres, nous faisons l’inverse. » Fixées au moment des vendanges et de la moisson, les grandes vacances sont devenues, avec la baisse de l’activité agricole, des temps d’oisiveté. Résultat : l’hiver, nous travaillons trop et trop tard par rapport au cycle du soleil. Et, pour voir nos amis ou traîner devant la télé, nous nous couchons avec un décalage de deux ou trois heures.

Des décalages pathogènes

Du fait de ces changements, « les sécrétions de mélatonine et de sérotonine, hormones régulatrices des rythmes du sommeil, antioxydantes, sont décalées, affectant le système immunitaire et ne permettant pas aux cellules de se réparer, déplore James H. Bendayan. Désastreuse pour l’organisme, cette désynchronisation est mise en cause dans le développement de certaines pathologies – obésité, diabète, maladies mentales, cancer… ». En décembre 2007, le Centre international de recherche sur le cancer de Lyon a même déclaré le travail de nuit probablement cancérigène. Installé, ce décalage modifierait aussi l’expression des gènes de l’horloge biologique centrale cérébrale et périphérique dans les tissus et les organes, au point de lui faire adopter un comportement anarchique dans la protection et l’intégrité de notre génome. La machine s’emballe. James H. Bendayan ajoute que « ces altérations épigénétiques [dues à l’impact de l’environnement sur les gènes, ndlr] sont probablement aussi transmises par la mère au foetus lorsque, enceinte, elle “sculpte” les cellules de sa progéniture. Héritant de ces désynchronisations, l’enfant sera, dans le futur, plus vulnérable ».

Un corps en alerte en permanence

Autre dérèglement de notre vie moderne : l’immédiateté. Accès continu aux informations, sollicitations par e-mails, textos, téléphone… Le corps est soumis à une tension permanente. « Le système d’alerte, bénéfique pour fuir ou pour se défendre, n’est jamais au repos, souligne Marc Schwob. Sécrétées de plus en plus souvent, les hormones du stress – cortisol, catécholamine et adrénaline – nous donnent l’impression d’être submergés. » Un sentiment accentué par un brouhaha permanent : bruit de la rue le matin, du bureau la journée, des fêtards ou des éboueurs la nuit… Débordés par notre vie sociale, nous ne prenons plus le temps de rêver, de bâiller, de nous détendre, « ce dont le corps a pourtant besoin toutes les quatre-vingt-dix minutes », rappelle le neuropsychiatre. Ressentir une intense fatigue, une grande difficulté à se concentrer, du trac, des tremblements, avoir les mains moites sont autant de signes qui peuvent indiquer une désynchronisation. « Stimulé trop souvent, affaibli par une dette de sommeil, le système nerveux parasympathique ne contrôle plus le sympathique, qui régule l’anxiété et la douleur », reprend Marc Schwob.

D’où, pour limiter les dégâts, l’importance des activités qui stimulent les hormones du plaisir (les endorphines) et qui neutralisent celles du stress : faire du sport, l’amour, se détendre, rire, regarder l’horizon… Des occupations souvent réservées au temps des vacances. D’ailleurs, « poursuivies plus de huit jours, idéalement deux semaines, elles permettent de se resynchroniser », complète le neuropsychiatre. À condition, deux jours avant la rentrée, de se remettre aux heures du bureau pour ne pas subir un nouveau changement de tempo. L’idéal étant, bien sûr, d’harmoniser tous les jours son rythme social à son rythme biologique. Mais, pour cela, encore faut-il parvenir à décélérer…

Trois clés pour se re-synchroniser

  1. Prendre le temps de se réveiller

L’organisme a besoin de temps pour sortir du sommeil paradoxal, phase de régénération des voies nerveuses et de réparation des cellules. La lumière du matin lui donne le signal d’augmenter la sécrétion de cortisol, qui le prépare à faire face aux agressions de la journée. « Au matin, la chute du taux de mélatonine, hormone du sommeil, induit aussi notre réveil. En outre, mieux vaut remplacer le stress d’une sonnerie, qui affaiblit notre stock de cortisol, par un simulateur d’aube », conseille le neuropsychiatre Marc Schwob.

  1. Rééquilibrer ses repas

Un petit déjeuner à l’anglaise (céréales, laitage, protéines) répond aux exigences de l’horloge alimentaire. Il corrige l’hypoglycémie de la nuit par l’absorption de sucres (lents et rapides) et assure des réserves pour les activités à venir. « Afin de respecter le cycle de l’insuline et des sucs digestifs, le déjeuner devrait être plus simple (viande maigre et légumes) », indique Marc Schwob. Même menu au dîner, qui apporte ainsi à l’organisme la teneur suffisante en glucides pour se réparer pendant le sommeil. Quelques noix, noisettes ou amandes, riches en magnésium, donnent en outre au cerveau le signal de secréter de la mélatonine, donc de se préparer à dormir.

  1. Se coucher deux heures après le soleil

C’est le conseil de James H. Bendayan, chercheur en génomique médicale des rythmes biologiques humains. Quand la lumière du jour commence à baisser, nos horloges internes envoient à l’organisme les signaux de fatigue (baisse de température, de l’attention, bâillements…) qu’il faudrait respecter pour ne pas être déphasé. D’autant que le sommeil d’avant minuit est de meilleure qualité. À condition d’être dans le noir et le silence complets.

Attention : si nous ne respectons pas nos rythmes biologiques et que nous restons sourds aux signaux que notre corps nous envoie, nous en payons nécessairement le prix, avec une efficacité réduite, de la fatigue, du stress, de l’irritabilité, des pensées qui s’égarent, etc.

Notre vigilance est en effet soumis à des rythmes biologiques que l’on peut infléchir. Il est cependant impossible de les pousser en permanence et en toutes circonstances. Ainsi, on peut rester concentré au maximum 45 minutes environ sur une tâche avant de perdre drastiquement en efficacité. Nos cycles de vigilance étant basés sur une fréquence de 90min environ (temps entre deux pics de performances), il est peu pertinent de se focaliser sur une tâche plus longtemps. En effet, si on peut quelque peu « réinitialiser » ce cycle plus rapidement grâce à de réelles pauses, on peut aussi allonger la durée de faible efficacité en « tirant sur la corde » en permanence.

Et si vous pensez qu’il peut être pertinent de profiter de ces cycles pour faire plusieurs choses à la fois et en tirer le maximum, là aussi la science nous montre que cela entraîne une baisse des performances et une moindre efficacité au final (Offir, E., Nass, C., Wagner, A.D.).

Par ailleurs le cerveau a besoin de temps et de pratique pour créer de nouvelles habitudes et renforcer de nouveaux réseaux neuronaux. Pour développer de nouvelles compétences il faut donc prendre le temps de se focaliser sur ce que l’on fait, et sur la manière dont on le fait, afin de ne pas perdre de temps en répétant les mêmes erreurs ou en créant accidentellement de mauvaises habitudes. Pour cela, mieux vaut donc s’organiser dans le temps pour respecter ses rythmes physiologiques.

Conséquences :

Nous sommes bien trop souvent « la tête dans le guidon », pris dans le courant de nos responsabilités quotidiennes : conflits à gérer au travail, dossiers à boucler, demandes à honorer, famille, enfants, tâches ménagères, activités de loisir, responsabilités diverses, etc. Il est même presque impératif, dans certains milieux professionnels, d’avoir un agenda plein à craquer et d’être occupé en permanence sous peine de passer pour un feignant, une personne sans aucune ambition, voire pour quelqu’un de peu fiable.

En y regardant de plus près, on constate souvent que les emplois du temps chargés de la sorte se traduisent dans les faits par une incapacité à se détendre, et à un manque cruel de réelle efficacité pour certaines tâches.

Quand les choses sont mal organisées et que l’on est surbooké, on a tendance à y penser sans arrêt, sans pouvoir réellement faire de pause. La pensée vagabonde automatiquement vers ces soucis ce qui rend réellement malheureux au long cours (Killingsworth, M.A. & Gilbert, D.T., 2010).

Pour améliorer son efficacité, il faut donc prendre du temps pour se poser et gagner en perspective sur cette masse informe de choses à faire qui nous entraîne dans son mouvement et peut faire effet boule de neige jusqu’au jour où on atteint notre limite (soit en ayant des problèmes de santé, en mettant en jeu des relations, ou en coupant arbitrairement certaines activités sans nuances). On en arrive même à perdre peu à peu confiance en ses capacités, ce qui finit par miner la motivation et l’estime de soi.

Le stress chronique généré va par ailleurs durablement saper vos capacités de concentration et votre efficacité. Il est donc évident qu’une foule de choses à faire, bien trop importante pour être toutes saisies mentalement en une seule fois, va générer du stress ne serait-ce que parce que vous aurez l’impression de vous attaquer à un puits sans fond.

S’arrêter pour s’organiser

Les solutions, même si elles semblent relever du bon sens, sont souvent plus complexes à mettre en place qu’il n’y paraît. Dès que vous avez la sensation de ne plus y voir très clair, il est sans doute temps de faire une prise de recul stratégique. Et pour éviter de vous retrouver dans la même situation par la suite, il est bon de le faire régulièrement.

Tout d’abord, il est intéressant de prendre un peu de hauteur. Lister ses objectifs et ses responsabilités, à court, moyen et long-terme, au niveau professionnel et personnel permet d’avoir enfin sous les yeux l’ensemble de ses engagements, envers soi-même et envers les autres. On peut dès lors rationnellement et consciemment les hiérarchiser et décider de ses priorités. Certains objectifs seront ainsi modifiés, fusionnés, reportés, conditionnés les uns par rapport aux autres, voire abandonnés. Certes, cela peut prendre plus d’une heure, si on veut être exhaustif. Cependant, vous n’aurez pas besoin de le faire tous les jours ou toutes les semaines, et vous gagnerez en clarté et en efficacité. Cela vous évitera également de perdre de l’énergie à réfléchir à une masse d’objectifs peu clairs qui viendront régulièrement parasiter vos pensées. L’idéal étant de rédiger une liste au propre parfaitement hiérarchisée et de l’avoir à proximité en permanence pour la mettre à jour. Un système numérique peut bien entendu faire l’affaire avec des applications pour prendre des notes comme Evernote ou encore OneNote. On peut bien sûr aller encore plus loin en mettant un système du type GTD (Getting things done de David Allen) en place, mais cela consiste en un changement radical et exigeant sur le long terme (et pas nécessairement adapté à tous dans tous ses aspects).

Une deuxième étape consiste à clarifier les objectifs qui ne sont pas clairs (s’ils sont suffisamment complexes) et d’en planifier l’exécution. Là aussi, pensez à noter les résultats de votre réflexion pour vous y référer à tout moment.

Enfin, vous l’aurez compris, garder le fil de ses actions et de l’avancement dans les tâches grâce à un système de notes, un agenda, ou encore un journal de bord vous permettra, pour les projets complexes, d’avoir à disposition toutes les références, pièces importantes et plans d’actions pour vous consacrer pleinement à ce que vous faites sans penser à l’organisation. Prendre le temps de clarifier et d’organiser en amont, c’est être sûr d’être à 100% concentré sur les tâches à réaliser au moment venu. Il y aura toujours des imprévus et les choses peuvent se compliquer (ou à l’inverse se simplifier), mais le reste du temps vous aurez déjà grandement amélioré votre efficacité.

S’arrêter pour s’améliorer

On peut également prendre du temps pour augmenter ses compétences et performances cognitives, tout en se faisant du bien. Voyons comment.

Le fait de faire de l’exercice augmente les performances cognitives, que ce soit au niveau de la mémoire, du raisonnement, de l’attention ou de la résolution de problèmes . En plus de l’aspect santé indéniable, il est donc utile de faire des pauses sportives plusieurs fois dans la semaine pour optimiser ses performances dans ses projets. Par ailleurs, c’est l’occasion de se déconnecter des problématiques liées au travail en étant totalement absorbé dans une tâche psychomotrice, ce qui permet également de s’octroyer une pause au niveau mental.

Le sommeil est également primordial pour les performances, comme nous avons tous pu le constater après une nuit trop courte . Il permet de consolider les apprentissages et de faire le tri dans les informations traitées dans la journée. De même, une sieste comprise entre 10 et 30min permet d’améliorer la vigilance et d’être plus efficace dans les heures qui suivent. Prendre 10 minutes pour faire une sieste constitue donc un temps de pause qui permet de mettre un coup d’accélérateur par la suite.

Enfin, la méditation  est un atout considérable pour entraîner son attention et améliorer ses performances. Même un débutant peut, après quelques jours d’entraînement, commencer à ressentir les bénéfices sur ses performances cognitives, bénéfices qui augmenteront encore avec le temps.

Pour tous ces éléments, nous n’avons insisté que sur l’aspect performance, mais cela affecte aussi la santé, le stress et les émotions de manière positive. Voilà encore quelques bonnes raisons de prendre le temps de se ressourcer.

S’arrêter pour reprendre son souffle

En lien avec la section précédente, il est également important de s’accorder de plus petits moments de pause en s’arrêtant régulièrement et en faisant des pauses au travail. Des petites pauses régulières de 5 minutes permettent en effet d’éviter l’ennui et de se consacrer plus pleinement au travail que nous effectuons par la suite (avec une pause plus longue de 15min toutes les 90min).

Faire des pauses où on laisse son esprit vagabonder quelques minutes (à condition qu’il ne s’agisse pas de ruminer des émotions négatives), permet de mettre le cerveau en « mode par défaut ». C’est ce qu’on appelle plus communément « rêvasser » . Cela autorise alors des connexions inédites entre différentes régions cérébrales et permet, tout comme le sommeil, de favoriser la survenue de solutions créatives,. Utiliser des moments de répit ou d’attente pour griffonner est aussi excellent pour la créativité et la recherche de solutions originales. Enfin, vous pouvez aussi choisir d’aller faire un tour à pied à l’extérieur (de préférence) pour booster votre créativité par la suite .

En bref, travailler 3 ou 4h non-stop sous prétexte de vouloir tout boucler rapidement et efficacement conduit souvent à un travail non achevé et à une production de moindre qualité. Il vaut donc mieux faire des petites pauses régulières, sans tomber dans l’excès : là encore il s’agit d’installer progressivement de nouvelles habitudes et d’avoir une certaine discipline.

En résumé

Rien ne sert de courir, il faut partir à point! Faire des pauses et ralentir le rythme par rapport à ce que l’on croit devoir faire socialement ou professionnellement est non seulement un gage de santé, mais aussi d’efficacité. Je vous invite à tester quelques unes des méthodes évoquées ici pour en mesurer l’efficacité par vous-même.

En clair, pour gagner en productivité tout en levant le pied, voici quelques pistes à explorer

  • Faire le point sur ses objectifs et responsabilités
  • Organiser son travail à long terme
  • Suivre l’avancement de ses projets
  • Faire du sport
  • Veiller à avoir un sommeil suffisant
  • Pratiquer la méditation ou la relaxation
  • Structurer ses séances de travail
  • Faire une seule chose à la fois
  • Faire de petites pauses régulières (aller faire un tour, prendre un café, s’autoriser à rêvasser, aller parler à des collègues, etc.)

Après la lecture de ce long billet, n’hésitez surtout pas à faire une petite pause bien méritée!

 

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Les ressorts inconscients du plaisir d’aller vite

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Si nous nous sentons souvent obligés d’accélérer, si nous sommes incapables de nous poser malgré notre fatigue, c’est parce que cette course contre la montre nous permet de lutter inconsciemment contre de multiples peurs… Petite leçon (rapide) de psychanalyse.

Lutter contre le père

Le rapport à la vitesse se construit dans la petite enfance, avec le désir de répondre le plus vite possible aux demandes maternelles – « Sois gentil », « Sois sage »,    » Ne pleure pas », « Fais sur ton pot »… – afin que maman ne manque de rien. Il s’agit d’une stratégie inconsciente pour devenir son champion, celui qui, mieux que quiconque, sait la combler. Ce stratagème masque, en fait, le fantasme de supplanter le père. C’est d’ailleurs ainsi que naît la passion de la compétition. Selon la psychanalyse, la course contre la montre qui nous tient trop souvent lieu de mode de vie serait une défense inconsciente contre la mort, une tentative imaginaire de lui échapper. « Tout ce que je fais, je le lui prends. » Elle serait aussi parfois une façon d’accumuler de la jouissance, de l’excitation pulsionnelle, comme les capitalistes jubilent en amassant de l’argent.

Lutter contre la passivité

En langage psychanalytique, la vitesse nous permet fantasmatiquement d’éluder la « castration », cette expérience intérieure qui nous confronte à notre condition d’êtres humains vulnérables. Plus nous fonçons, plus nous imaginons être pourvus du phallus, symbole du pouvoir absolu, de l’abondance inépuisable, selon Jacques Lacan. Dans le psychisme, la lenteur renvoie à l’idée d’une « féminisation », d’une certaine passivité, intolérable aux yeux de certains, hommes ou femmes, car elle les renvoie à une sensation d’impuissance face à la vie et aux autres. En grandissant, la vitesse devient source de plaisir narcissique. Nous allons nous efforcer de nous sentir bons, performants en satisfaisant l’autre, le détenteur de l’autorité, l’enseignant, le supérieur hiérarchique, celui à qui nous octroyons un pouvoir sur nous. Le bon élève qui lève le doigt aussitôt que le professeur pose une question cherche bien sûr à donner la preuve de son savoir. Mais, surtout, il éprouve la jouissance de pouvoir satisfaire immédiatement la demande de son interlocuteur. Et d’apparaître à ses yeux comme un élément brillant, une personne de valeur… un être phallique. 

Presque toujours aussi, penser et agir le plus vite possible sont des tentatives de lutter contre le sentiment de vide, de vague déprime, qui marque la condition humaine. Plus nous en faisons, plus nous oublions les aspérités qui nous contrarient. Ralentir ou, pire, stopper, et voilà que nous nous retrouvons face à nous-même et à nos difficultés personnelles. Aussi, très vite, repartons-nous dans la course…

 

Et si la modération était la réponse à nos vies encombrées ?

TROP. Trop de tout. Trop de possibilités. Trop de sollicitations. Trop de choses à faire. Trop de choix dans les rayons. Trop de choses dans nos maisons. Trop d’informations à lire. Le trop est partout. Il envahit tout, nos espaces, de vie, de travail, notre agenda, nos ordinateurs, nos messageries. Il encombre nos vies, il sature notre cerveau, il nous écrase.
Et si, finalement, la modération était la clé d’un rapport au temps pacifié et de notre équilibre ?
Et si, plutôt que de chercher comment faire pour accomplir toujours plus dans un temps forcément limité, nous choisissions délibérément de restreindre nos envies et de revenir à des ambitions plus réalistes ?
Notre vraie liberté ne pourrait-elle pas résider dans notre capacité à limiter notre appétit toujours plus grand ? Ce même appétit qui nous pousse parfois, de manière frénétique et incontrôlée, à vouloir toujours plus, à vivre toujours plus d’expériences, à viser toujours plus haut, à travailler encore plus fort pour pouvoir nous offrir encore plus de possessions matérielles, lesquels finissent invariablement par nous encombrer et pour lesquelles nous dépensons, en bout de course, beaucoup de temps et d’énergie lorsque l’envie nous prend de désencombrer et d’alléger notre vie… La boucle est bouclée !
Assez, c’est combien pour vous ?
Ne pourrions-nous pas prendre le contrepied de ce mode de fonctionnement insensé pour nous poser la seule et unique vraie question : « Assez, c’est combien pour moi ? »
Suis-je en capacité de me satisfaire, aujourd’hui, de ce que j’ai déjà ?
Est-ce que je prends le temps, lorsque j’ai atteint un objectif, ou un simple palier, de savourer le chemin parcouru avant de jeter toutes mes forces dans un autre graal à atteindre ?
C’est en tous les cas une piste de réflexion à creuser pour qui nourrit l’intention sincère de se réapproprier son temps et de retrouver le plaisir d’être et de faire au cours du chemin.
Une invitation à faire la paix avec soi
« La modération est puissante en ce qu’elle nous permet de reconquérir notre légitimité : plus nous sommes modérés, plus nous pouvons répondre par nous-mêmes à nos besoins fondamentaux et nous garder de l’aliénation. Elle concentre nos efforts sur l’essentiel, nous libère d’un système complexifié et exalte le génie et la force de la simplicité. Elle libère du temps pour l’être et admirer, plutôt que nous incarcérer dans le produire et le consommer, et nous permet ainsi de répondre à notre véritable vocation. » (Pierre Rabhi)
La modération, si chère à Pierre Rabhi (1), est une invitation à faire la paix avec soi. Elle permet, même temporairement, d’accepter de déposer les armes pour vivre une vie plus harmonieuse et respectueuse de son propre rythme biologique.
Elle nous apprend à reconnaitre nos propres limites et à détecter que ce énième projet sera probablement le projet de trop, celui que nous aurons du mal à honorer et qui nous éloignera définitivement de notre équilibre.
Elle nous permet de ne pas vivre constamment dans un futur hypothétique mais au contraire d’être davantage ancré dans l’instant présent. Elle nous invite à apprécier pleinement notre expérience actuelle, telle qu’elle se présente à nous maintenant, avec les trésors qu’elle recèle (pour peu qu’on ait suffisamment de temps et d’attention à leur accorder) et avec ses imperfections aussi.
Nous pouvons adopter l’esprit de modération dans les choix que nous faisons, dans notre façon de consommer, dans notre rapport aux choses (matérielles comme immatérielles), dans notre relation au temps et aux autres.
1- La puissance de la modération, Pierre Rabhi, Editions HOZHONI, 2015.
Cultiver l’audace d’être différent
Mais pour y parvenir, nous devrons d’abord renoncer une fois pour toutes à « faire comme les autres ». Nous devrons faire confiance à notre intuition et nous mettre prioritairement à l’écoute de notre ressenti, nous détacher du regard des autres et avoir l’audace de choisir notre propre voie, au risque parfois de déplaire, ou d’être simplement différent !
Parce que nous sommes incontestablement les mieux placés pour savoir ce qui est bon et juste pour nous. Juste assez.

Ni plus ni moins.

Source : « Zen et organisée » Diane Ballonad Rolland, Coach, Consultante et Formatrice en organisation, gestion du temps et gestion du stress depuis 2010, Diane Ballonad Rolland est aussi l’auteur de « J’arrête de procrastiner », paru chez Eyrolles en 2016.

Le Bore-Out…

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Au bureau, il est vécu comme une source de stress qui peut avoir des conséquences graves sur la santé. En version 2.0, il est plus scruté que jamais.

L’ennui, nouveau mal du siècle?

C’est le nouveau mot choc qui fait trembler les patrons et noircit les pages psycho des magazines. Souvent présenté comme l’inverse du burn-out, le « bore-out » qualifie le fait de tourner en rond au bureau, de s’ennuyer au point de se rendre malade physiquement et psychologiquement.

« En réalité, ce ne sont pas des contraires, mais deux phénomènes distincts dont les conséquences sont semblables, et qui peuvent même se regrouper », explique Philippe Zawieja, auteur du Burn-out, qui vient de paraître dans la collection Que sais-je?, aux éditions PUF. Le bore-out est un trouble psychologique engendré par le manque de travail, l’ennui et, par conséquent, l’absence de satisfaction dans le cadre professionnel.

Selon le cabinet Technologia, ce sont le secteur tertiaire et la fonction publique qui seraient les plus touchés. Les causes? Alors que les activités valorisantes y sont souvent réservées à certains salariés, d’autres se retrouvent surqualifiés ou sont mis au placard, une « sorte de harcèlement par le vide », décode notre auteur.

Les symptômes? Crises d’épilepsie, vertiges, tremblements, perte de mémoire… Le travailleur se réfugie alors dans une stratégie d’étirement des tâches ou de simulacre d’investissement pour donner le change, mais qui aurait donc des conséquences sur la santé qui ne sont pas à prendre à la légère.

Selon la revue American Journal of Epidemiology d’Oxford (Etats-Unis), il multiplierait par trois le risque de maladies cardio-vasculaires chez ceux qui y sont exposés. Il serait la source de dépression, d’une fatigue importante et d’une perte d’estime de soi. Une vraie pathologie en somme, qui toucherait ceux qui n’ont pas assez de travail… ou un travail peu intéressant.

Cette théorie a été présentée en 2007 dans Diagnosis Boreout, un ouvrage écrit par deux consultants d’affaires suisses, Philippe Rothlin et Peter Werder. Selon eux, ce syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui serait la conséquence de plusieurs éléments: la mise au placard, sorte de harcèlement par le vide, la structure matricielle de l’entreprise – plus on a de chefs, moins on reçoit d’ordres -, le manque de reconnaissance et l’impression d’être sous-utilisé.

Une théorie à laquelle adhère Philippe Zawieja: « Le fait que nous soyons en période de crise justifie qu’on n’en ait pas parlé jusqu’à présent, mais le phénomène n’est pas nouveau. Autrefois, il se réglait facilement: on changeait de poste ou carrément de job. » En période de crise, être payé à ne rien faire est politiquement très incorrect Néanmoins, être payé à ne rien faire en période de crise, alors que le chômage en France atteint des sommets, reste politiquement très incorrect.

« Les entreprises ont conscience de ce phénomène qui va croissant, mais reconnaître qu’un salarié n’a pas assez de travail est plus délicat. Le problème est tout à fait évitable, encore faut-il que ledit salarié ait le courage de se manifester », concède l’auteur. Si une infime tranche de l’humanité s’en satisfait totalement, l’ennui au travail est en général mal vécu. A la différence d’un autre type d’ennui, inhérent à ce stade de la vie qui semble depuis des siècles osciller entre désoeuvrement et lassitude: l’adolescence… Rien de nouveau?

Pourtant si! Désormais les ados se mettent en scène sur Internet, et tout y passe, y compris l’ennui! Dans le New York Times Magazine, Jenna Wortham, spécialiste en culture numérique, a récemment trouvé un nom à ce phénomène: le « borecore », un néologisme (encore un!), croisement entre « bore » et « hardcore », inspiré du mot « normcore » (ultranormal). L’ennui, une mode de plus? Si le banal est devenu à la mode, il est logique que l’ennui le soit aussi. YouNow et Meerkat ont récemment vu le jour. Ce sont des plateformes vidéo sur lesquelles les ados se filment en direct en train de… ne rien faire. Des vidéos sans but: « Moi et mon chat », « Je me fais iech! », suivi du hashtag #bored, déjà utilisé plus de 1 million de fois. « Il n’y a rien de neuf là-dedans; les ados d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux d’hier, Internet est le reflet de la vraie vie, donc on s’ennuie sur la Toile comme on s’ennuierait en vrai », assure Elodie Kredens, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Savoie.

Mais comment arrive-t-on à s’ennuyer à ce point avec toutes ces nouvelles technologies? Elodie Kredens, spécialiste des liens adolescents et réseaux sociaux, nuance: « Internet est un outil, pas un remède contre l’ennui. Si on l’utilise dans le but de passer le temps, on s’ennuiera d’autant plus »; avant de se questionner: « Ne serait-ce pas là une rupture avec cette frénésie d’images ingurgitées sur le Web? Une sorte d’éloge du rien finalement. » Que l’on se rassure, cet ennui 2.0 n’est ni stable ni pérenne. « Les adolescents veulent juste expérimenter une forme de jusqu’au-boutisme. L’un d’eux m’a raconté qu’il avait passé quatre heures à regarder des vidéos sur YouTube avant de carrément s’écoeurer. » Et si trop d’ennui tuait l’ennui? >>>

A LIRE:  Bore-out:

« Placardisé pendant quatre ans, j’ai fait une crise d’épilepsie au volant »

Le Burn-Out…la maladie des efficaces

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Le syndrome de Burnout ou syndrome d’épuisement professionnel est un terme générique désignant un état de fatigue émotionnel, mental et physique caractérisé par un manque de motivation et de performance après des mois ou voire des années de surmenage et de surenchère; c’est un cercle vicieux. «Burnout» et «Burn out» et «syndrome Burnout» et «épuisement professionnel» et «syndrome d’épuisement professionnel» désignent la même chose.

Si on allume une bougie par les deux bouts, elle fournira le double de lumière pendant un certain temps – mais en même temps elle se consumera en une moitié de temps!
(Myron Rush)
Burnout: la «maladie des efficaces»

Les gens qui s’engagent et pour lesquels des bons résultats sont importants, qui sont très consciencieux dans leurs activités sont particulièrement menacés.

En principe, chacun peut être victime de Burnout, c’est à dire pas uniquement ceux exerçant une profession mais aussi les femmes de ménage, les chômeurs, retraités ou élèves. Mais puisque la recherche est focalisée sur des groupes de métiers déterminés la plupart des descriptions et analyses sont relatés à la population ouvrière.

Depuis l’annonce de cas de Burnout chez des célébrités connus mondialement dans le sport, (comme le footballeur professionnel Jan Simák ou le sauteur à skis Sven Hannawald), des stars du pop (comme Mariah Carey, Chris Watrin du groupe US5 ou Peter Plate du duo musical Rosenstolz) et des politiciens (p.ex. le Premier ministre d’Allemagne Matthias Platzeck ou l’ancien président du parti politique Suisse PLR Rolf Schweiger 1) ou la parlementaire Nathalie Rickli 2) ou Christoph Blocher 3)), qui de ce fait ont du terminer leur carrière ou au moins l’ interrompre temporairement, le syndrome avance de plus en plus dans l’attention publique et dans le colimateur des médias.

Selon des études représentatives 4) environ 7% de tous les salariés sont touchés par le syndrome Burnout, un bon nombre d’autres sont menacés de Burnout.

La fréquence d’apparition dans certains secteurs professionnels (comme par ex. dirigeants, conseillers d’entreprise, entrepreneurs, enseignants, assistants sociaux, personnel soignant, employés de prison, pasteurs, médecins etc.).

Déterminant pour l’apparition d’un syndrome de Burnout n’est pas le nombre d’heures de la semaine de travail ou la nature des tâches, mais des interactions complexes entre conditions de de travail et premisses individuelles qui mènent à l’exposition au stress prolongé et enfin à l’épuisement et la prostration.

Source : Burnout.-info.ch

Les Crises de vie..Christophe Fauré: « Vers 40-50 ans, nous sommes tous en mue. »

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La « crise de la quarantaine » n’est en réalité que la manifestation exacerbée d’un mouvement silencieux qui nous touche tous, assure le psychiatre Christophe Fauré dans son ouvrage Maintenant ou jamais (Albin Michel 2011). Bonne nouvelle : ce temps charnière de l’existence n’annonce pas un déclin, mais nous offre l’occasion de nous épanouir !

Christilla Pellé-Douël

Psychologies : Est-ce qu’il existe vraiment une crise du milieu de la vie, ce que l’on appelle « la crise de la quarantaine » ?
Christophe Fauré : Il n’existe pas de « crise » à proprement parler, sauf pour quelques individus, qui « pètent les plombs », présentent des comportements aberrants, font éclater leur vie. L’immense majorité des personnes ne présente pas de crise. En revanche, elles parlent d’une transition, même si elle est vécue dans le silence, la pudeur. Comme l’adolescence, ces années-là sont un temps charnière de l’existence, qu’elles soient reconnues comme telles ou non.

Les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?
Hommes et femmes sont traversés par les mêmes processus, mais la façon d’y répondre est différente. Les femmes sont biologiquement confrontées à la ménopause et ne peuvent donc pas éviter ce passage. Les hommes, eux, peuvent se cacher les yeux plus longtemps, ils sont capables d’avoir des enfants jusqu’à la fin… Ce sont les événements de la vie qui vont les bousculer.

Cette transition, dites-vous, s’étale entre 45 ans et 55 ans. C’est vraiment aussi long ?
Ce sont des moyennes. Il y a des circonstances qui peuvent accélérer le processus : un divorce, un licenciement, un deuil, mais le pic se trouve autour de 50 ans. Une étude américaine permet de voir, dans tous les pays industrialisés, que le sentiment général de bien être atteint son niveau le plus bas à 50 ans… et remonte après.

Ce sentiment de mal-être survient-il tout seul ?
Oui, c’est la manifestation d’un mouvement psychique très profond, tendant paradoxalement vers la complétude, alors même qu’il est vécu dans une certaine confusion intérieure. Je m’explique : il y a un mouvement psychique, dans la première moitié de la vie, tourné vers l’extérieur, vers la construction, l’accroche au regard d’autrui pour exister, aux yeux des parents, aux yeux des professeurs, de l’école… C’est l’acquisition d’un statut social, de biens matériels.

Vers 40-50 ans, on observe un courant inverse, vers l’intérieur. On voit émerger en soi des besoins plus spirituels, tendant davantage vers l’essentiel. L’entrée dans cette transition du milieu de la vie se fait très souvent par une prise de conscience de la relativité de cette construction sociale, du sens de notre vie. Mais ce serait une erreur de penser qu’il ne s’agit là que d’une évolution occidentale, car on trouve des textes tibétains très anciens prônant des pratiques spirituelles à mener lorsque l’on arrive à 40-50 ans !

C’est comme si, parvenu à ce stade de notre existence, il nous manquait « quelque chose » pour parvenir à cette complétude. Jung le dit : « Ce qui était essentiel au matin de notre vie le semble moins dans l’après-midi de notre vie. » Oui, j’ai une belle maison, un couple qui va bien… mais je me réveille le matin avec un sentiment de vide, d’angoisse.

Alors, que faire ?
Certains refusent d’entendre et de prêter attention à cette dynamique intérieure, ils s’obstinent à ne rien changer ou ils étouffent ce mouvement par des médicaments. Le danger, c’est vraiment l’appauvrissement de soi, au pire la dépression, voire la maladie. C’est un temps de notre vie où nous avons malheureusement tendance à réduire le champ des possibles… Alors que, derrière ce mal-être, il y a un authentique mouvement, une part fondamentale de notre être qui commence à s’exprimer. Or, ce « personnage » extérieur, social – cette persona pour reprendre les termes de Jung – n’est qu’une fraction de ce soi essentiel qui tente aujourd’hui de se manifester à nous-même. Encore faut-il l’entendre et y répondre.

De quelle façon peut-on y répondre ?
Réexaminer, réévaluer notre vie et nos relations à autrui, accepter notre corps qui n’est plus tout à fait le même, etc. Nous allons nous poser des questions qui couvrent, de façon transversale, « tous » les domaines : notre travail, notre vie familiale, amoureuse, personnelle. Il ne faut pas avoir peur de lister ces questions : « De quoi ai-je envie, poursuivre ce job, arrêter ? » « De quoi ai-je besoin ? », etc. Cette recherche a une valeur de quête – question et quête ont d’ailleurs la même étymologie. C’est le temps de la chenille qui se retire dans son cocon pour élaborer, dans le silence, la seconde partie de son existence, en tant que papillon.

Nous sommes en mue. Nous devons nous poser, nous écouter. Il y a un appel intérieur, et ce n’est pas un caprice. Mais il faut aussi prendre conscience que nous allons résister à ce changement : nous avons peur de perdre notre ancien moi, celui de la première moitié de vie, nous avons peur de perdre notre rôle, notre statut, tout ce qui nous définissait auparavant. Paradoxalement, si nous n’acceptons pas de lâcher notre ancien moi, nous perdons quelque chose de plus large. La sagesse nous dit pourtant qu’il est vain de lutter contre ce renoncement, qui porte, en réalité, d’authentiques promesses d’apaisement intérieur. « Renoncer » n’est pas « se résigner » ! Il s’agit de tout autre chose !

Qu’est-ce qui nous attend lorsque l’on entend cet appel : l’épanouissement de notre moi le plus profond ?
Oui, mais dans les limites du réel. Il ne faut pas oublier que nous devons faire aussi le deuil de ce que nous ne pourrons plus faire : devenir champion de course ou entamer une carrière de violoniste. En entrant dans la conscience de l’« ici et maintenant » de notre vie telle qu’elle est aujourd’hui, alors, oui, nous nous ouvrons à un grand champ de possibilités. Pour Jung, il s’agit d’aller vers la conscientisation pleine et entière du soi : une partie du moi de la première moitié de la vie, celle qui était dans la lumière, doit maintenant laisser de la place à cette autre partie de nous-même que nous avons laissée dans l’ombre pour pouvoir vivre et exister aux yeux d’autrui.

Cela ramène à l’essentiel et se traduit, par exemple, par des questions telles que : « Quelle trace vais-je laisser ? », « Que transmettre ? », « Comment prendre soin de moi, entrer en amitié avec moi, avec mes proches, et même avec mon corps, qui durant encore quarante ans me permettra de porter mes projets ? » Il y a là une autre tonalité dans notre recherche du bonheur et de plénitude.

D’ailleurs, beaucoup de gens se tournent à cette période de la vie vers la spiritualité, non par peur de la mort, mais parce que le temps est venu : notre dimension spirituelle se réclame aujourd’hui à nous-même, qu’on le veuille ou non !

En dépassant ce moment charnière, débouche-t-on sur quelque chose de plus calme, de plus épanoui ?
Oui, on retrouve une fondation intérieure, une assise, qui nous permettra de nous tourner à nouveau vers l’extérieur, mais différemment. Tout cela demande un réel effort de notre part : c’est à nous d’aller chercher et d’établir ces nouvelles fondations, nous avons la responsabilité de répondre de la manière la plus juste, la plus sage et la plus singulière à ce que nous ressentons, sans y résister, en laissant tomber la carapace de la première moitié de notre vie. Nous avons encore beaucoup de temps, mais c’est maintenant ou jamais. Dans vingt ans, ce sera trop tard. C’est inquiétant, c’est difficile, mais c’est indispensable. Nous devons accompagner ce mouvement, découvrir nos propres règles et faire la paix avec nous-même pour devenir ce que nous sommes.

Jung dit que l’homme ne vieillit pas, mais qu’il continue de croître, comme un arbre. Est-ce cela la transition du milieu de vie ?
C’est exactement cela. Cette transition, c’est la phase d’individuation. La construction de la persona dans la première moitié de vie a nécessité le retrait, dans l’ombre, de parties précieuses de notre être. Par exemple, nous avons mis de côté nos aspirations artistiques au début de notre vie. Mais elles reviennent en force dans la deuxième partie de notre existence : ainsi, tout ce qui n’a pas été accompli jusque-là « pousse » en nous avec force – l’ombre veut sortir dans la lumière. Nous aspirons à devenir « plein », « entier », « intègre ». C’est le véritable chemin de cette transition du milieu de la vie.

Source : Psychologies

La Crise d’adolescence…

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«Laisse-moi tranquille ! Je veux sortir ! Lâche-moi avec les cours ! T’es lourd !». Quel parent d’adolescent(e) n’a jamais subi les foudres de son enfant transformé en vrai despote : l’ado fait sa crise. Sa crise d’adolescence.
Quoi qu’on en dise, l’adolescence est souvent un moment délicat à vivre pour la famille. Votre ex-petit vit un réel chamboulement dans son corps et dans sa tête. Difficile pour lui de voir ses repères changer, pas facile non plus de voir sa morphologie évoluer et sa voix muer. Il va s’ensuivre une période plus ou moins longue et plus ou moins houleuse où chacun va se chercher et va retrouver de nouvelles marques pour vivre ensemble.

Crise d’adolescence
Les parents peuvent dire ce qu’ils veulent, ils essuient systématiquement une fin de non-recevoir. «Les parents ne doivent pas s’inquiéter, la crise d’adolescence passe toujours avec plus ou moins de heurts», explique la psychologue Caroline Thompson, spécialiste en psychologie clinique et thérapeute familiale.

Est-ce normal d’être rejeté par son enfant ? Comment gérer au mieux ce passage difficile ? Quel rôle les parents doivent tenir ? Caroline Thompson décode pour vous la crise d’adolescence.
Ado : un rejet inévitable pour mieux se construire
«Ma mère est tout le temps sur mon dos. Elle est constamment en train de me fliquer et me pose des tonnes de questions. J’en ai marre», soupire Jade, 14 ans, élève en 3e. Ces rapports tendus entre parents et adolescents se font souvent difficiles à supporter au quotidien, surtout pour les adultes. «Quand elle est désagréable, je n’ai pas envie de lui faire plaisir», confie la mère de Jade .

«L’adolescence est un processus naturel de séparation entre les enfants et leurs parents, indique Caroline Thompson. Les parents étaient, avant, les personnes les plus importantes aux yeux de leur enfant ; maintenant ils ne sont plus que des personnages secondaires, car l’adolescent crée son propre milieu social constitué de ses pairs, d’où ce rejet.»

75% des adultes sont persuadés que les ados n’ont pas besoin d’eux pour grandir

Cette séparation ne signifie pas, pour autant, que les ados se passent très bien des adultes. Les résultats de l’étude réalisée par Ipsos Santé pour la Fondation Pfizer dans le cadre du 8e Forum Adolescences portant sur les différences intergénérationnelles révèlent que 85% des jeunes interrogés ont besoin des adultes .

«Les adolescents ont à la fois 8 ans et 25 ans. Ils vont avoir besoin, de temps en temps, d’un témoignage d’affection comme un enfant et de l’autre, ils aspirent à plus de liberté comme un adulte. Il faut arriver à gérer ce paradoxe de l’adolescence», relate la psychologue Caroline Thompson.
Un besoin criant d’autonomie
Lors de l’enquête qualitative Ipsos Santé menée en 2007 pour le compte de la Fondation Pfizer, les jeunes interrogés indiquaient très clairement ce qu’ils attendaient de leurs parents à l’image de Sophia, 14 ans, parisienne : « Nos parents voudraient nous garder petits toute leur vie ce qui est parfaitement impossible. Nous sommes des mini adultes en devenir, donc ils n’ont pas à être sur notre dos en permanence. En même temps, ils doivent nous mettre des repères, des limites, des règles ; nous « prendre la tête » en gros. ».

Oser dire «non»
Les parents doivent, ainsi, apprendre à jongler entre le besoin d’autonomie de leur adolescent et son souci de règles, de sévérité.

«L’adolescence est un période de grande fragilité, l’enfant a donc besoin que ses parents lui dictent des règles sensées pour se rassurer sur leur solidité parentale et pour lui éviter de succomber à ses envies, à ses tentations, explique Caroline Thompson. Les parents doivent oser dire « non » à leur enfant quitte à ce qu’il leur en veuille et les prenne pour des ringards ou des nuls. C’est le rôle des parents.»

L’ado, cet incompris
« Arrêtez de nous prendre pour des gamins ». Voici le premier conseil et souhait verbalisé par les adolescents dans l’étude Ipsos Santé 2012. Les adolescents aspirent à plus de considération de la part de leurs aînés.

« Les ados ont souvent l’impression de ne pas être compris par les adultes ce qui génère de vives tensions » explique Caroline Thompson, « les parents considèrent, à tort, que la génération de leurs enfants est moins curieuse, moins cultivée que la leur au même âge. Ces remarques infondées blessent beaucoup les jeunes ».

Prendre plus au sérieux les sentiments des ados

« Mes amis, mes amours, mes emmerdes…. » comme disait Charles Aznavour, ne sont guère pris au sérieux par les adultes. « Ils prennent de haut les émotions de leurs enfants » témoigne la psychologue Caroline Thompson.

« Pour eux, ce ne sont qu’un chagrin d’amour de jeunesse ou des chamailleries de gosse, il n’y a pas mort d’homme. Ils estiment que les problèmes des ados sont bien moindres que les leurs. Ce jugement de valeurs crée, alors, des incompréhensions et un vrai sentiment, pour l’adolescent, de ne pas être écouté par les adultes ».
Etre parent d’un adolescent
« Les parents ne doivent pas rechercher une relation symétrique avec leurs enfants. Ils doivent prendre un certain recul, écouter les messages sous-jacents de leurs ados et accepter leurs contradictions qui est « donne-moi plus d’espace mais surtout, ne me lâche pas » » indique Caroline Thompson.

« Ne soyez pas dans la rancœur si vos enfants vous rejettent ou vous blessent. Il est totalement normal qu’ils vous perçoivent comme l’empêcheur de tourner en rond. Laissez votre enfant venir à vous. Cette position d’attente est, certes, désagréable mais ça fait partie du rôle de parents à l’adolescence ».

« Tenez le cap même si vous êtes émotionnellement désarçonné par cette crise d’adolescence. Vos enfants vous voient comme leur port d’attache, il est donc primordial que vous soyez solide, constant et juste dans vos décisions. Ne vous en faites surtout pas, l’adolescence passe toujours » conclut la psychologue Caroline Thompson, thérapeute familiale.

Source : au féminin.com

Brèves réflexions autour du couple…

36444548_xxlForce est de constater que j’entends souvent les mêmes plaintes dans la bouche des couples qui viennent me consulter.
Parmi celles revenant régulièrement, une consiste à critiquer le comportement de l’autre.

Je vous propose que l’on s’arrête sur cet agacement qui consiste à de moins en moins supporter, jusqu’à ne plus supporter du tout, l’autre dans ce qu’il fait, dans ce qu’il est.
Dans la théorie que soutient la pratique de la psychanalyse freudienne, le hasard a peu à voir avec le couple que nous formons. Certes la rencontre peut être fortuite mais l’engagement lui, ne l’est pas. Le choix de créer, d’écrire une histoire avec untel ou unetelle ne relève pas du hasard, de la coïncidence mais bien d’une volonté, d’un choix. Cela ne saute pas forcément aux yeux des partenaires car en vérité ce choix est guidé par des motivations conscientes, certes, mais aussi et surtout par des motivations inconscientes. On pourrait grossièrement classer ces motivations inconscientes en trois grandes catégories : celles qui réparent, celles qui vengent et celles qui répètent. (Exemple : le choix d’un partenaire docile peut être une réparation face à un parent autoritaire mais aussi une manière de se venger ou une répétition du modèle parental).

Pour vous permettre une réflexion plus aisée, nous allons prendre des exemples certes caricaturaux mais qui ont le mérite d’être parlants.

« Je ne supporte plus qu’il ne prenne aucune initiative. »; « Il est à la traîne et c’est moi qui suis le moteur du couple. »; « Il ne décide rien et ne gère rien. »; « Je n’ai pas l’impression d’être avec un homme qui me rassure. » « Elle n’est pas sexy et ne fait rien pour pimenter notre couple ».

Autour de ces reproches, essayons de comprendre une chose qui me parait fondamentale :
Pourquoi est-ce devenu insupportable alors même que ça ne l’était pas au début de l’histoire du couple ?
Car, soyons honnêtes, cet homme ou cette femme qui nous insupporte, n’a pas fondamentalement changé. Nous, oui. On s’agace, on s’énerve et ça c’est nouveau. Mais alors, pourquoi ces comportements irritants ne nous ont pas fait fuir dès le départ ?

En préambule, rappelons qu’une chose essentielle brouille les cartes au début d’une relation amoureuse, c’est le sentiment amoureux. L’amour rend aveugle, cela est vrai et nécessaire. Le sentiment amoureux travaille de concert avec notre chimie hormonale, ce qui met notre cerveau au vert pour un moment. Les émotions étouffent complètement le cerveau rationnel et le musèlent. Cela étant posé, il y a une part de nous qui reste vigilante malgré cette déferlante d’hormones et d’émotions ennivrantes, c’est notre inconscient. Lui sait si cela peut coller ou pas. Le hic, c’est que ses critères d’engagement – ou pas – sont loin d’être clairs et limpides à notre conscience. Ils peuvent même être parfaitement énigmatiques… Voire en totale contradiction avec nos désirs conscients.

Reprenons nos exemples ci-dessus sur les comportements de ce partenaire qui ne vous conviennent plus… du tout.

Primo, au delà de la critique d’un ou plusieurs comportements, c’est le caractère dans sa globalité qui finit par être visé.
Secundo, ces comportements qui me plaisaient bien au début, ne me plaisent plus du tout. Pourquoi ?

« Je pensais qu’il/elle changerait »
Doit-on entendre « Je pensais que je le/la changerais »?
Pourtant un marathonien ne devient pas un sprinter et inversement.
Cela signifie-t-il que vous être entré dans cette relation armé de votre toute-puissance, comme le créateur l’est auprès de sa créature ? La désillusion est alors à la hauteur de votre échec : non, vous n’avez pas réussi à le changer, à le transformer, à en faire un être plus proche de vos aspirations. Il est autonome, chargé de ses défauts (et de ses qualités) et n’est pas aussi modelable que vous l’espériez…
Parmi les pistes de réflexion à suivre : votre désir à modeler un autre, à prouver votre toute-puissance, à tester votre force de séduction, à attendre de l’autre un sacrifice gage de son amour, etc…

cadeaux-saint-valentin.jpg« Au début, j’aimais bien sa façon d’être face au monde mais maintenant ça m’irrite et ne me convient plus ».
Cela signifie-t-il qu’au début de la relation vous aspiriez à être « réparé », à être apaisé ou stimulé par une personne comme celle que vous avez choisie ? Mais comme les réparations sont issues d’un manque (infantile) qui ne peut être comblé mais simplement dépassé, vous êtes déçu de votre choix, frustré de ce manque qui demeure (de cet apaisement ou de cette stimutation qui ne vient pas).
Parmi les pistes de réflexion à suivre : votre attente vis-à-vis de l’autre dans votre mieux-être, votre demande de réparation inassouvie, votre idéal jamais atteint, votre retour vers un schéma antérieur non soldé, etc…
Dire que nous ne pouvons jamais changer l’autre est vrai et faux à fois. Il s’agit de s’entendre sur l’ampleur de la transformation. À la marge, la réponse est oui. Nous apprenons des autres, ils nous stimulent, nous émulent, nous ouvrent des horizons différents. En profondeur, la réponse est non. Nous seuls sommes capables d’amorcer ce changement en renonçant, en lâchant prise, en acceptant les manques de notre propre histoire.

Les crises que le couple traverse appartiennent bien souvent au passé personnel de chacun des protagonistes, et non pas précisément à leur histoire commune.
Un retour aux sources (« Pourquoi ai-je choisi ce partenaire ? ») me semble être une étape nécessaire pour mieux comprendre les turbulences qui agitent le couple.

Source : « Blog La Psychogazette »